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 Jeanne Baillargeon enlevée par les Iroquois : erreur sur la personne

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Dominique
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MessageSujet: Jeanne Baillargeon enlevée par les Iroquois : erreur sur la personne   Jeu 15 Sep - 17:59

Dans le Registres des entrées des Ursulines de Québec, on lit: 

«Le 28 mai 1666, sont entrées Marie-M Bourgery, âgé de 15 ans, et Anne Baillargeon, âgée de 18 ans qui avaient été prises par les Iroquois et ramenées au pays par nos troupes. Elles nous ont été données par Monseigneur de Tracy pour être instruites. C’est ce bon Seigneur qui doit payer leur pension, quarante-huit écus par ans»
 
(Entrées et sorties de petites filles françaises et sauvages, registre conservé au monastère des Ursulines, p. 39).
 
Dans le Dictionnaire national des Canadiens-français de l’Institut Drouin, volume III, partie historique, en page 1308, on trouve ce texte:
 
JEANNE BAILLARGEON, ÉLEVÉE CHEZ LES IROQUOIS : UNE INTÉRESSANTE ÉTUDE DE MŒURS :
 
«Sur votre ancêtre, Jeanne Baillargeon, prise par les sauvages, à l’âge de neuf ans, nous trouvons dans les lettres de la Mère Marie de l’Incarnation aux Ursulines de Trous, des notes très intéressantes :
 
Elle se plut tellement aux coutumes de ces sauvages qu’elle était résolue de passer avec eux le reste de sa vie. M. de Tracy ayant obligé cette nation de rendre tous les Français qu’ils tenaient captifs, elle se retira dans les bois, de crainte de retourner en son pays… À son retour, M. de Tracy lui donna cinquante écus pour se marier; mais il voulut qu’elle fut premièrement mise aux Ursulines pour reprendre l’esprit du christianisme, qui s’était fort affaibli parmi les Iroquois.
 
Le père de votre ancêtre, Jeanne Baillargeon, est l’ancêtre de Mgr Baillargeon, troisième archevêque de Québec, et de tous les Baillargeon au pays

Drouin perpétue une erreur de Tanguay.
 
Ce récit est en fait tiré du Dictionnaire généalogique des familles canadiennes (DGFC, vol. I, Mtl, éditions Élysée, 1991, p. 22). Cyprien Tanguay écrit: 
 
«Les Iroquois, poursuivant les Hurons jusqu’à l’Île d’Orléans, avaient massacré plusieurs familles françaises et fait plusieurs prisonniers. Ile enlevèrent entre autres Jeanne Baillargeon, jeune fille d’environ neuf ans. Elle fut emmenée dans leur pays où elle demeura près de 9 ans. […]
 
M. de Tracy ayant obligé cette nation à rendre tous les Français qu’ils tenaient captifs, elle se retira dans les bois de crainte de retourner en son pays. Lorsqu’elle se croyait en assurance, une religieuse lui apparut et la menaça de la châtier si elle ne retournait pas avec les Français. La crainte la fit sortir du bois et se joindre aux autres captifs que l’on mettait en liberté.
 
À son retour, M. de Tracy lui donna cinquante écus pour se marier ; mais il voulut qu’elle fut premièrement mise aux Ursulines pour reprendre l’esprit du christianisme qui s’était fort affaibli parmi les Iroquois. Quand elle vit le tableau portrait de la Mère Marie de Saint-Joseph, elle s’écriat : "Ah!, c’est celle-là qui m’a parlé, et elle avait le même habit!"».
 
Ce récit est tiré de la correspondance de Mère Marie de l’Incarnation avec les Ursulines de Tours. Ou plutôt de la correspondance telle que relatée par son fils Dom Martin et publiée en 1876 par l’abbé P.-F. Richaudeau (Lettres de la Révérende Marie de l’Incarnation, Tournai, Casterman, tome 1, p 531-532).
 
Il y a une grosse erreur dans ce texte. Comme en fait foi l’entrée du registres des Ursulines de Québec, c'est plutôt C’est Anne Baillargeon qui a été restituée aux Français.
 
Autre erreur de Tanguay: il spécule que l’enlèvement a eu lieu lors d’un raid des Iroquois à l’Île d’Orléans le 20 mai 1656, ce qui en ferait la fille du pionnier Jean Baillargeon, qui est l’ancêtre de Mgr Baillargeon, 3ème archevêque de Québec. Or, Jeanne Baillargeon, née en 1651, fille de Jean Baillargeon et Marguerite Guillebourdeau, ne peut être la jeune fille retournée de chez les Iroquois et mise en pension chez les Ursulines. Elle n’a que quatre ans lors du raid et elle est mariée depuis 2 ans à Jean Labrecque lors de la restitution des otages à M de Tracy à Québec en mai 1666.
 
C'est plutôt Anne Baillargeon, fille de Mathurin Baillargeon et Marie Métayer, baptisée le 28-11-1651 à Trois-Rivières, la soeur ainée de Jeanne Baillargeon, qui a enlevée par les Iroquois vers 1658/59. Il est vraisemblable qu’Anne Baillargeon ait été ramenée en Nouvelle-France sous l’ambassade des Tsonnontouais (branche occidentale des Senecas), en gage de bonne foi, pour négocier la fin des hostilités entre leur tribu et les Français. Un traité fut signé le 26 mai 1666, sous la gouverne de M. de Tracy. Deux jours plus tard, le 28 mai 1666, Anne Baillargeon entre chez les Ursulines de Québec avec Marie-Marthe Bourgery.
 
Peu après le recensement de 1667, au Cap-de-la-Madeleine, Anne Baillargeon épouse Jean Polton en 1ères noces ; elle épouse Jacques Duguay (veuf de Jeanne Beaudry) en 1709 à Trois-Rivières. Cependant, personne ne peut descendre d’Anne Baillargeon, puisque ses deux mariages sont sans postérité.
 
Pour complément d’information, on peut lire l’article de Constantin-M. Baillargeon dans les Mémoires de la Société généalogique canadienne-française [39 (1) p. 15-25]
 
Sa sœur, Jeanne Baillargeon, baptisée le 05-11-1654 à Trois-Rivières, qui n’a pas séjourné chez les Iroquois, a épousé Paul Hus par contrat le 16-06-1669. Ce couple est l’ancêtre de tous les Hus d’Amérique du Nord.
 
Si les cinq fils de Mathurin Baillargeon se sont tous investis, à plus ou moins long terme, dans la traite des fourrures et ont pris goût au mode de vie amérindien, le patriarche a poursuivi ses activités de marchand dans la colonie. Il y est décédé dans les environs du Cap-de-la-Madeleine, après le recensement de 1681. Son fils Antoine Baillargeon dit Durivage s’est uni à l’Illinoise Marie Choupigoua à Kaskakias vers 1697.
 
Nicolas Baillargeon dit Bocage, fils de Nicolas Baillargeon et Marie-Thérèse Arel, petit-fils de Mathurin, épouse Angélique Niquet le 21-11-1729 à Sorel. Sa fille Marie-Josephte, née vers 1731 (acte perdu), épouse Joseph-Marie Boucher dit Laronde (Joseph & Madeleine Migneron) le 29-10-1753 à Berthier-en-Haut. Certains prétendent que Nicolas Baillargeon apparait comme un «amérindien» dans l’acte de mariage de sa fille, tout comme son époux.
 
On peut présumer que la cuvée de vin de messe était excellente le jour de la rédaction de l’acte de mariage par le Père Kerberio, dans le registre du presbytère de Sainte-Geneviève de Berthier :
 
«M Joseph Boucher et Me Joseph Sinagon
lan mille sept cent cinquante trois le vingt neuf
8bre je soussigné ptre missionnaire de Berthier et
apprès le public noir (sic) de trois enfants (sic) par trois dimanches
consécutifs et après avoir eu le consentement des parents des
deux parties, célébré le mariage dentre Joseph Bouché
fils de Joseph et de Madelaine Sinagan dautre part
et d’entre Joseph Sinagon, fille de Nicolas et de angélique
niquette
ses peres et meres, dautre part, et ne sy étant
trouvé aucun empechement canonique ny sirce (sic) leur
ay donné la benediction nuptiale en presence de pierre
simon beaugran témoin du garçon, de alexis desrosiers
temoins de la fille et ont requis me déclaré ne scavoir
signer de ce interpellé Kerberio ptre»

 
Cet acte est consultable sur le site familysearch :
 
https://familysearch.org/ark:/61903/3:1:3QS7-L99Q-39ZG-8?i=38&wc=9RLN-BZS%3A24139701%2C24139702%2C24139703%3Fcc%3D1321742&cc=1321742
 
(Québec, registres paroissiaux catholiques, Ste-Geneviève-de-Berthier, 1751-1785, image 39)
 
Comme on peut le constater, l’acte ne contient aucune mention d’une quelconque identité «amérindiennne» pour le père de l’épouse ni pour l’époux.
 
Après avoir dégrisé, le missionnaire Kerberio rédige une version beaucoup plus conforme aux usages prescrits par les autorités religieuses et civiles, comme ne fait foi la copie du registre du greffe de Joliette:
 
«L’an mil sept cens cinquante trois le vingt neuf 8bre
je soussigné ptre missionnaire de Berthier ay apres
la publication de trois bans faits par trois dimanches
consécutifs et apres avoir eu le consensemens des parents des
deux parties, celebré le mariage dentre Joseph Bouché fils
de joseph et de madeleine migneron, d’une part, et dentre
Josephe Baillargeon fille de nicolas et de Angelique niquette
ses père et mere dautre part, et ne sestant trouvé aucun
empechement ny contre leur ay donné la
benediction nuptiale en presence de pierre simon
baugran temoin du garçon et de alexis desrosiers
temoin de la fille et ont resqui ont declarés ne scavoir
signer de la interpellé  Kerberio ptre
»


Encore une fois, aucune mention d’identité «amérindiennne» dans cette acte.
 
Joseph-Marie Boucher dit Laronde, fils de Joseph Boucher et Madeleine Migneron. est né le 5 et a été baptisé le 13 novembre 1727 à Berthier-en-Haut :
 
«Nous soussigné prestre mission(re) de Berthier le
treizieme jour de novembre de mil sept cent vingt sept
avons Baptizé Joseph marie né du cinquieme jour du
mois sur les douze heures du matin dulegitime mariag
de joseph Boucher et de marie magdeleine migneron
le parrain a esté alexis Boucher et la marraine marie
francoise laroche houle, la sage femme a esté la femme
de paris qui ont tous declarés ne scavoir signés de ce
enquis suiv(t) l’ord(ce)
Jos Gaillard ptre»

 
(fonds Drouin, Ste-Geneviève, Berthier-en-Haut -copie civile-, 1727-1733 folio 6 r)
 
Le couple Boucher-Baillargeon baptise 15 enfants entre 1754 et 1777 à Berthier-en-Haut et St-Cuthbert. Marie-Josèphe Baillargeon décède le 06-12-1789 à Berthier-en-Haut. Joseph-Marie Boucher convole en secondes noces avec Marie-Anne Brunel dit Beaufort en 1794 à Berthier-en-Haut. Trois autres enfants naissent entre 1794 et 1798. Joseph-Marie Boucher décède le 23-01-1798 à Berthier-en-Haut. Aucune mention de nation «amérindienne» n’a été trouvée dans les actes relatifs à cette famille.
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http://gen-familleritchot.blogspot.ca
 

Jeanne Baillargeon enlevée par les Iroquois : erreur sur la personne

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