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 Magouas de la Mauricie ou Algonquins de Trois-Rivières ??

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Serge Goudreau
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MessageSujet: Magouas de la Mauricie ou Algonquins de Trois-Rivières ??   Lun 19 Aoû - 12:33

Compte-rendu du volume de Claude Hubert et Rémi Savard, « Algonquins de Trois-Rivières : l’oral au secours de l’écrit, 1600-2005 », Montréal, Recherches amérindiennes au Québec, 2006, 164 pages.


Le volume de Claude Hubert et de Rémi Savard intitulé « Algonquins de Trois-Rivières : l’oral au secours de l’écrit 1600-2005 », publié par Recherches amérindiennes au Québec dans la collection « Signes des Amériques », aborde un sujet de recherche relativement peu connu en histoire algonquienne. Cet ouvrage se propose de nous fournir des informations inédites sur le destin des Algonquins de Trois-Rivières, bande autochtone que l’on croyait mystérieusement disparue depuis la seconde moitié du XIXe siècle.

Le volume est composé de six chapitres et d’une postface de Denys Delâge livrant ses réflexions sur le métissage dans la vallée laurentienne. Le premier chapitre fait état des démarches juridiques effectuées par la famille Hubert pour s’inscrire au registre des Indiens du Canada et afin d’obtenir la création d’une réserve indienne pour les descendants des Algonquins de Trois-Rivières. Le deuxième chapitre dresse un bref historique des Algonquins de cette région au XVIIe siècle. Le chapitre suivant, de loin le plus substantiel, expose la trame généalogique reliant les membres de la famille Hubert aux ancêtres algonquins du XVIIe  siècle. Le chapitre 4 présente la petite mission de la Rivière-du-Loup d’où sont issus les ascendants de la famille Hubert que l’on appelle familièrement des « Magouas ». Le chapitre 5 traite du grand dérangement des Magouas vers la ville de Trois-Rivières au XXe siècle. Enfin, le dernier chapitre aborde succinctement la politique canadienne en matière de droits autochtones pour la période 1850-1950.

Le troisième chapitre constitue la pierre angulaire de ce volume sur l’histoire des Algonquins de Trois-Rivières. Il nous paraît donc important d’y accorder une attention toute particulière. Au chapitre 3, la famille Hubert y présente son arbre généalogique afin de nous convaincre qu’elle a droit à une reconnaissance officielle dans le registre des Indiens du Canada. Une lecture attentive de ce chapitre nous a permis d’y déceler de graves lacunes méthodologiques. En effet, tous les arbres généalogiques paraissent fondés sur la quête insatiable d’une identité autochtone. La généalogie québécoise possède actuellement des instruments de référence d’une qualité exceptionnelle pour évaluer la valeur de telles recherches. Il est donc relativement aisé de poser un regard critique sur le travail effectué par Hubert et Savard dans le cadre de cette recherche sur les Algonquins de Trois-Rivières. En effet, le dictionnaire généalogique de René Jetté (1983), la base de données du Programme de recherche en démographie historique (PRDH) de l’Université de Montréal ainsi que le dictionnaire biographique des ancêtres québécois de Michel Langlois (1998-2001) demeurent des ouvrages incontournables. Ces ouvrages profitent également des travaux effectués par la Société Archiv-histo, qui avec sa base de données Parchemin, effectue un traitement systématique des actes notariés du Québec ancien. Évidemment, ces ouvrages exceptionnels doivent composer avec les lacunes dont souffrent certaines séries d’archives. Il est possible d’évaluer sommairement à près de 5% les pertes de registres de l’état civil pour la période du régime français. Malgré tout, ces instruments de recherche demeurent d’une richesse exceptionnelle car ils fournissent des preuves formelles de filiation en couplant des informations provenant de diverses sources d’archives (actes notariés, documents judiciaires, état-civil, recensements, etc.)

Dans le cadre de cette recension, nous avons l’intention de passer en revue chacune des lignées généalogiques soumises par Hubert et Savard et d’en vérifier l’authenticité à l’aide des instruments de recherche présentés. Pour faire valoir leurs prétentions algonquines, les auteurs présentent neuf lignées généalogiques. En voici un examen sommaire. La première lignée (p. 33-35) appartient à la famille Fernette (lire Frenette). Les auteurs recourent à la tradition orale pour affirmer que Vitaline Fernett est de nation mahigane (Loup), un peuple de langue algonquienne de la vallée de la rivière Hudson (État de New-York). Elle aurait vu le jour en 1810 (?) et serait décédée à Grand-Mère en 1927. Dans un site internet consacré à la famille Frenette, monsieur Normand Frenette, docteur en fondements de l’éducation de l’Université de Montréal, dresse son arbre généalogique et précise que ladite Vitaline Fernett a été baptisée le 23 octobre 1835 à Saint-Stanislas-de-Champlain et qu’elle est la fille de Nicolas Frenette et de Marie-Josèphe Perron, un couple canadien dont le mariage est célébré à Cap-Santé le 2 février 1830 (http://leo.oise.utoronto.ca/~nfrenette/). Le couple Frenette-Perron migre dans le comté d’Essex, État de New-York et ils sont tous deux décédés à Ticonderoga. Au recensement canadien de 1881, Vitaline Fernette est recensée à Saint-Étienne-des-Grès dans la région de Trois-Rivières et l’on précise qu’elle est évidemment d’origine française (Bibliothèque Archives Canada, C-13214, 84, D1, page 61). La tradition orale lui accorde des racines autochtones alors que tous les documents manuscrits confirment qu’il s’agit d’une Canadienne sans ancêtres autochtones. Qui croire ?

La deuxième lignée (p. 35-37) est celle de la famille Hubert. Dans cette lignée, les auteurs profitent de la perte de l’acte de mariage (c.1740) de Jean-Baptiste Hubert et de Thérèse Portelance pour laisser planer un doute sur l’identité véritable dudit Hubert. Un dénommé Jean-Baptiste, sauvage de la nation renard, propriété du marchand montréalais Jacques Hubert dit Lacroix nous est présenté comme ce Jean-Baptiste Hubert. Le dictionnaire généalogique du PRDH (http://www.genealogie.umontreal.ca) précise cependant que Jean-Baptiste Hubert est le fils de Simon Hubert et de Marie-Anne Lareau, un couple canadien. De plus, la banque de données Parchemin confirme l’existence d’un acte de renonciation effectué par Jean-Baptiste Hubert, lequel abandonne les droits successoraux qu’il peut prétendre sur les biens de Marie-Anne Lareau veuve de Simon Hubert, ses père et mère (Archives nationales du Québec à Trois-Rivières, greffe du notaire D.B. Pollet, 10 octobre 1740). Ces deux sources généalogiques ne laissent planer aucun doute sur l’identité de Jean-Baptiste Hubert, dont l’ancêtre paternel est originaire de la ville de Paris. Aucune trace de sang autochtone dans cette lignée.

La troisième lignée (p. 37-38) concerne la famille Guillemette. Les auteurs attribuent des origines micmacques à Jeanne Roussy, ancêtre maternelle de Geneviève Milette épouse de Claude Guillemette (1737). Cette hypothèse repose sur les prétentions d’un généalogiste internet suggérant sans référence à l’appui qu’elle serait originaire de Port-Royal en Acadie (p. 46). Tous les ouvrages classiques en généalogie affirment qu’elle est native de la région de Gaillardon, département de l’Eure-et-Loir en France (Michel Langlois, tome IV, p. 465) . Elle aurait immigrée en Nouvelle-France vers 1636 en compagnie de son époux Nicolas Pelletier et de ses enfants. Comment pourrait-elle avoir des racines autochtones si elle est native de France ?

La quatrième lignée (p. 39-44) présente l’ascendance de la famille de Rose Boisvert qu’on prétend d’origine algonquine. Tout comme la famille Hubert, les auteurs tirent profit de la perte de l’acte de mariage d’Étienne Denevers dit Boisvert et de Marie-Jeanne Lemay (c. 1684) pour laisser planer des doutes  sur les origines de cette lignée. Le dictionnaire généalogique du PRDH ((http://www.genealogie.umontreal.ca) précise cependant qu’Étienne Denevers est le fils d’Étienne Denevers et d’Anne Ayotte, un couple qui s’est marié à Québec le 28 octobre 1652. De plus, la banque de données Parchemin confirme l’existence d’une transaction entre Léonard Debord veuf de ladite Ayotte, et les héritiers Denevers, au nombre de cinq, dont Etienne Denevers, fils (Archives nationales du Québec à Québec, greffe du notaire Louis Chambalon, 24 juin 1695). De toute évidence, l’arbre généalogique de Rose Boisvert ne contient aucunes racines autochtones.

La cinquième lignée (p. 44-47) présente la famille Milette. Les auteurs exposent la généalogie des ascendants de Marie-Anne Milette épouse de Thomas Hubert (1870). Cette lignée généalogique remonte à un certain Nicolas Milette dit Maranday conjoint de Michelle Lesdille. Leur contrat de mariage est rédigé par le notaire Latousche en date du 27 décembre 1668. Les auteurs publient la transcription de ce contrat de mariage (p. 45) dans lequel les futurs époux affirment qu’ils sont originaires de France. Malgré cette évidence, les auteurs laissent subsister un doute sur la valeur de ces informations car ils soulignent que Nicolas Milette est considéré comme un domestique, donc esclave selon leurs dires, et qu’il fit simplement une marque pour attester de sa signature au bas de son contrat de mariage. Évidemment, les auteurs semblent ignorer que bon nombre de nos ancêtres ont traversé en Nouvelle-France à titre d’engagés (ce qu’on appelle les 36 mois) et que plusieurs de ceux-ci sont simplement analphabètes, donc inhabiles à signer des contrats notariés. Voici un bel exemple où l’on nie simplement l’évidence.

Les auteurs sont particulièrement fiers des recherches généalogiques qu’ils ont effectués sur la sixième lignée (p. 47-50), celle de la  famille Noël. En effet, ils ont réalisé un tour de force en reliant les membres de la famille Noël à un chef algonquin de Trois-Rivières du nom de Nicolas Lanitouy. D’après nos vérifications, cette lignée généalogique serait authentique jusqu’au mariage de François Noël et d’Agathe Tessier, célébré le 5 mars 1764 à Berthier-en-Haut. La consultation de l’acte de mariage permet de constater que ce François Noël se marie sous le nom de François Midelet et qu’il est le fils de Jacques Midelet et de Constance Raunau, alors que Agathe Tessier est la fille de Ignace Tessier et de Geneviève Forcier. L’acte précise que François Midelet est originaire de la paroisse de Saint-Eglard, évêché de Leon, en Basse-Bretagne. En 1765, Geneviève Forcier veuve d’Ignace Tessier ratifie une convention avec François Noël (qui laisse tomber le nom de Midelet), farinier de Yamachiche, époux d’Agathe Tessier (Archives nationales du Québec à Montréal, greffe du notaire Barthélemy Faribault, 22 avril 1765). En 1774, François Noël Breton (le nom de famille est alors associé à sa province d’origine), maître farinier de Yamachiche, dépose une déclaration à l’effet qu’il vint au Canada en 1754 (Archives nationales du Québec à Trois-Rivières, greffe du notaire Benoît Leroy, 30 août 1774). Comment cet ancêtre d’origine bretonne peut-il être apparenté à un chef algonquin du XVIIe siècle ? La démonstration généalogique des auteurs manque simplement de cohérence.

La septième lignée du volume (p. 50-51) est celle de la famille Girard. Tout comme celle des familles Hubert et Boisvert, les auteurs profitent de la perte de l’acte de mariage de François Girard et de Marie-Antoinette Lemay (c. 1702) pour laisser planer des doutes sur la filiation de l’individu. Le dictionnaire généalogique du PRDH précise que ce François Girard est le fils légitime de Pierre Girard et de Suzanne Lavoie, un couple d’origine française, mariés vraisemblablement à Québec en 1669 (Archives nationales du Québec à Québec, greffe du notaire François Genaple de Bellefonds, 11 août 1669). De plus, la banque de données Parchemin permet de retracer un acte de vente dudit François Girard, à Pierre Girard, son frère, de droits successifs immobiliers sur une terre située en la seigneurie de Maure, près de Québec, relevant de la succession de Pierre Girard et de Suzanne Lavoie, ses père et mère (Archives nationales du Québec à Trois-Rivières, greffe du notaire Hyacinthe-Olivier Pressé, 10 janvier 1739). Aucun ancêtre autochtone ne figure dans la lignée patronymique Girard.

La huitième lignée, celle de la famille Duplessis, semble la seule lignée qui ne souffre d’aucune anomalie. Cette lignée généalogique est fort bien connue des généalogistes québécois car l’ex-premier ministre Maurice Duplessis s’y trouve apparenté. Le premier ancêtre connu de cette lignée est un dénommé Jean-Baptiste Duplessis qui épouse Françoise Lacerte à la Rivière-du-Loup (Louiseville) le 26 avril 1740. L’acte de mariage précise que le futur époux est né de parents inconnus. Plusieurs historiens ont déjà fait état de leurs recherches sur le sujet. Il semble que Jean-Baptiste Duplessis ait été adopté par Louis Gatineau dit Duplessis lors d’un voyage qu’il effectua à Détroit en 1714. L’enfant fut élevé dans la famille Gatineau et il s’intégra à la société eurocanadienne dans toutes les facettes de sa vie quotidienne. Rien ne nous permet de croire que Jean-Baptiste Duplessis ait pu s’associer aux Algonquins de Trois-Rivières.

Enfin, la neuvième lignée de ce volume (p. 54-59), celle de la famille Langlois, est un véritable bijou d’imagination. Les auteurs associent l’un de leurs ascendants, Élisabeth Langlois épouse de François Gagné (1709), à un Huron de Lorette du nom de Jean Langlois, que l’on dit petit-fils de l’algonquine Françoise Grenier épouse de Noël Langlois. Précisons que la lignée généalogique de Élisabeth Langlois épouse de François Gagné ne souffre d’aucune anomalie dans le volume (p. 58). Mais, la tentative d’association à Jean Langlois, Huron du village de Lorette, dépasse tout entendement. Signalons en premier lieu que Françoise Grenier ne peut être algonquine car tous les ouvrages généalogiques s’accordent pour dire qu’elle est d’origine française. En second lieu, il est impossible qu’elle soit la grand-mère du Huron Jean Langlois car ce dernier s’appelle Jean Langlais (anglais de nation). En effet, ce Jean Langlais est également connu sous le nom de John Hunnewell. Il fut capturé par des autochtones lors d’un raid qu’ils effectuèrent à Scarborough, État du Maine, en juin 1723. L’enfant fut confié aux bons soins de la communauté huronne de Lorette où il s’implanta de façon définitive. En 1745, le capitaine William Pote signale l’avoir rencontré alors qu’il se trouve lui-même en captivité en Nouvelle-France (Pote, p. 20). Ce Jean Langlais dit Hunnewell épouse Marguerite Pageau en 1761 et il précise alors qu’il est natif de la Pointe Noire en Nouvelle-Angleterre (Archives nationales du Québec à Québec, greffe du notaire André Genest, 19 août 1761). Les enfants qui naissent de cette union portent le nom de Anahouil, patronyme qui s’est modifié par la suite en Aylwin. De toute évidence, la française Françoise Grenier ne peut être la grand-mère de l’anglais John Hunnewell. De plus, ces deux individus n’ont aucune racine autochtone et il devient dès lors impossible d’en attribuer à Élisabeth Langlois épouse de François Gagné par simple association patronymique.

L’analyse des lignées généalogiques du volume « Algonquins de Trois-Rivières » nous permet de nous interroger sur la rigueur méthodologique de cette étude. Aucune de ces lignées généalogiques n’est associée aux Algonquins de Trois-Rivières malgré toute la bonne volonté des auteurs de tenter de nous le faire croire. À la suite de leur démonstration généalogique, les auteurs signalent que les ascendants de la famille Hubert se sont établis au Petit Village de la Rivière-du-Loup (Louiseville) (chapitre 4). La tradition orale précise que les habitants de ce Petit Village furent familièrement affublés du surnom de « Magouas » Les auteurs de ce volume soutiennent que les Magouas de Louiseville sont de souche autochtone comme le démontre leurs recherches généalogiques. Comme nous l’avons constaté, il paraît difficile d’accréditer la thèse des auteurs car les arbres généalogiques qu’ils ont dressé démontrent des faiblesses évidentes. Cependant, les historiens locaux s’entendent pour dire que les habitants du Petit Village sont composés d’un grand nombre de familles, toutes très pauvres, qui forment une caste à part dans la paroisse de Yamachiche (citation de l’historien Napoléon Caron, p. 64). Plusieurs chercheurs ont fait état de la spécificité du Petit Village mais aucun d’entre eux n’a fait ressortir des origines autochtones aux habitants de ce petit village. Une étude linguistique de Henri Wittmann précise que le terme Magoua est un ethnonyme qui désigne l’habitant d’un hameau installé dans les marécages, en marge de la société, sur la rive nord du Saint-Laurent, entre l’embouchure du Saint-Maurice et la paroisse ancienne de Maskinongé. Par extension péjorative, le terme s’applique à toute personne réputée « inculte, pas d’allure ». Aux yeux de la population locale, le « Magoua » est un descendant d’Indiens vivant de la chasse et de la pêche. Wittman affirme cependant que rien ne lui permet de confirmer l’hypothèse d’une descendance indienne dans cette population (Wittman, p. 295-296). Ce chercheur soulève l’hypothèse que les Indiens auraient attribués cet ethnonyme à des Canadiens considérés comme des coureurs des bois. Les auteurs du volume rejettent cette hypothèse sans fournir de preuves à l’appui. Qui croire ?

Nous désirons également souligner que les auteurs du volume n’ont guère effectué de recherches historiques sur les Algonquins de Trois-Rivières. En effet, leur recherche en histoire repose en grande partie sur la consultation de sources imprimées. Cette recherche « inédite » n’utilise aucune des sources manuscrites propres à l’histoire autochtone. Par exemple, les auteurs n’ont effectué aucune recherche significative dans les fonds d’archives des affaires indiennes conservés à Bibliothèque et Archives nationales du Canada (BAC) (i.e., fonds RG 10) ou encore dans le fonds d’archives navales et militaires britanniques (i.e., fonds RG 8 ). Ces séries d’archives contiennent de nombreuses références aux Algonquins de Trois-Rivières pour la période du XIXe siècle. Signalons notamment une pétition de 1815 où les Algonquins revendiquent la propriété d’un terrain situé à proximité du passage des Trois-Rivières sur le Saint-Maurice ainsi que d’un autre terrain sur la rivière Saint-Maurice près de l’île aux Tourtes (RG 10, A, 1, vol. 486, pages 4538-4548 ). En 1823, plusieurs Algonquins de Trois-Rivières déposent une pétition pour que monsieur de Niverville reprenne ses fonctions d’interprète. La pétition est signée par Charles Pi8annice, Vincent Chaouigonette, Ignace Ogibois, Joseph Edouard, Antoine Ouaouoilonnet, François Oskiniguichi et Vincent Pichaine (RG 10, A3, vol. 493, pages 30443-30448 ). En 1828, les Algonquins de Trois-Rivières réclament des provisions et les noms de François Lotono, Paul Lotono, Jacques Canacho, Antoine Chaouigonette et Antoine Wawelonette paraissent sur la pétition (RG 8, série C, vol. 267, pages 483-484). Ces patronymes nous paraissent évidemment autochtones. En 1839, les Algonquins de Trois-Rivières déposent une nouvelle pétition afin que Joseph Boucher de Niverville conserve ses fonctions d’agent et d’interprète. La pétition est alors signée par Pierre-Antoine Mékinac, Vincent Canacho, Jean-Baptiste Jeannotte et Jacques-Joseph Nakoeya (RG 10, A3, vol. 96, pages 39476-39478 ). La dernière pétition connue signée par le groupe des Algonquins de Trois-Rivières remonte au 12 février 1855 alors qu’ils demandent de l’assistance financière (RG4, C1, vol. 778, dossier 338 ). À compter de la seconde moitié du XIXe siècle, les Algonquins de Trois-Rivières ne forment plus un groupe homogène et ils disparaissent pour ainsi dire de la correspondance officielle des affaires indiennes. Toutes ces pétitions sont rédigées par des autochtones reconnues par les autorités politiques comme des Algonquins de souche. Les ancêtres de la famille Hubert figurent-ils parmi ces pétitionnaires ?

En plus des pétitions dont nous venons de faire état, les archives des Affaires indiennes (i.e., fonds RG 10) renferment un nombre important de recensements qui servaient à évaluer les fournitures nécessaires à la survie de ces peuples nomades. Dans la première moitié du XIXe siècle, les Algonquins de Trois-Rivières ne dépasse guère le nombre de 100 individus. De 1841 à 1852, les autorités politiques effectuent sept recensements nominatifs de la population algonquine de Trois-Rivières. En 1841, la population algonquine est de 92 individus alors qu’elle n’est plus que de 46 individus en 1852 (RG 10, volume 747). Ces recensement nominatifs nous permettent d’identifier les patronymes de ces Algonquins qui reçoivent des présents annuels des autorités politiques : Bostonnois, Canachon, Chaouigonette, Gilman, Jeannot, Launiere, Lontono, Mékinac, Naquiya, Wawelomet et Ziset. Ces patronymes autochtones se retrouvent évidemment dans les pétitions expédiées aux autorités politiques. Ici encore, on peut s’interroger sur l’absence, dans ces recensements, des ancêtres des lignées dressées par Hubert et Savard.

Qu’est-il alors advenu des Algonquins de Trois-Rivières en cette deuxième moitié du XIXe siècle ? Ce livre laisse la question sans réponse car les membres de la famille Hubert ne sont pas les descendants de ce groupe autochtone. Le recensement de 1852 précise que la population algonquine de Trois-Rivières est composée de 39 adultes et de seulement 7 enfants pour un total de 46 individus. Pierre-Antoine Mékinac (Launière) est considéré comme premier chef du groupe, et celui-ci quitte la région trifluvienne dans les années 1850 pour s’établir dans le canton de Roberbal. Combien d’Algonquins de Trois-Rivières l’ont suivi au lac Saint-Jean ? Le recensement de Saint-Etienne-des-Grès de 1861 signale l’existence de 21 autochtones dans cette communauté canadienne : Joseph-Charles Pi8an, Edouard Jeannot, Pierre Jeannot et Joseph Zizet. Un petit groupe d’Algonquins habite toujours sur les rives du Saint-Maurice. Au recensement de 1871, la paroisse de Saint-Etienne-des-Grès ne compte plus que 9 autochtones alors que 37 autres autochtones sont recensés dans cinq communautés du comté de Champlain. Il paraît vraisemblable de croire que les Algonquins de Trois-Rivières se soient simplement dispersés dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Le volume de Hubert et Savard possède sur le plan généalogique de graves lacunes méthodologiques. De plus, des faiblesses évidentes en matière de consultation de sources d’archives n’ont pas permis aux auteurs d’établir la trame historique de l’évolution de cette bande autochtone. Ce volume nous permet de constater qu’il est essentiel d’en savoir plus sur les Algonquins de Trois-Rivières qui ont vraiment existé mais dont l’histoire et le sort demeurent toujours très mal connus.


Ouvrages cités

JETTÉ, René, 1983 : Dictionnaire généalogique des familles du Québec ; avec la collaboration du Programme de recherche en démographie historique de l’Université de Montréal (PRDH), Montréal, Presses de l’Université de Montréal.

LANGLOIS, Michel, 1998 : Dictionnaire biographique des ancêtres québécois (1608-1700), Sillery : La Maison des ancêtres inc. ; Québec : Les Archives nationales du Québec.

POTE, William, 1896 : The journal of Captain William Pote, Jr. during his captivity in the French and Indian War from May, 1745, to August 1747, New York : Dodd,Mead (CIHM/ICMH no 12097)

WITTMANN, Henri, 1995 : « Grammaire comparée des variétés coloniales du français populaire de Paris du 17e siècle et origines du français québécois », Le français des Amériques, Trois-Rivières, Québec : Presses universitaires de Trois-Rivières.
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Dominique
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Féminin Messages : 49

MessageSujet: Re: Magouas de la Mauricie ou Algonquins de Trois-Rivières ??   Mar 20 Aoû - 0:03

Merci pour ce compte-rendu Smile

J'ai identifié quelques descendants des Algonquins des Trois-Rivières. Certains se sont installés dans le canton de Viger (L'Islet). D'autres se sont fondus dans la population mauricienne.

Dans votre texte, concernant John Hunnewell dit Langlais, vous dites :

Serge Goudreau a écrit:En 1745, le capitaine William Pote signale l’avoir rencontré alors qu’il se trouve lui-même en captivité en Nouvelle-France (Pote, p. 20).


Si on retourne à la citation du journal du William Pote, il ne dit pas avoir rencontré le captif Hunnewell. Il n'a pas été détenu à la Mission de la Jeune Lorette. Il n'est pas clair qu'il ait rencontré John Hunnewell pendant sa captivité de 2 ans à Québec. Ce qui est sûr, c'est qu'il a dû en entendre parler par les gardes Hurons, qui eux, le connaissaient très bien.

Dans son journal, on lit ceci :



« Every Indian and french man Seemed Exceedingly
Imbarrased and as much business as they Could by any
means Dispence with, all hands Roasting meat In all
parts of our Camps, ye poor Cattle was no Sooner
Shot down, even before they where flayed but they
Came with their knives, and Each man Cut his peice
where he thought proper, without any manner of Re-
gard either to Decency or Neatness, after they had
Constrained me to Eat about three times as much as I
had any manner of appetite to, my master told me to
Try if I Could make me a Spoon, and Gave me a hatchet
and told me he would assist me in it for he Said there
was nothing more Necessary for me to be furnished
with in my march, his orders I quickly obeyed, and
finished my Spoon with So much Dixterity, yt my
master was Verey well pleased with me, and told
me he hoped I Should make as Good a heron, as
one John Honewell an English man that had Lived
with ym Near thirty years, and was maried amongst
them and had Severel Children
, this Night they
placed me between two Indians, with a Siring Round
my middle, and Each End made fast to my Compan-
ions, this Night I had my hands at Liberty, as they
Supposed there was no Great Danger of my Endeav-
ouring to make my Escape, they being Sensible 1 was
Verey much fatagued with my Carrying a Large pack
that day, and myjeet Exceeding Sore. Therfore I
Reposed my Self Considerably well that Night.
Frfday 24th 1743... »


(The journal of Captain William Pote, Jr., during his captivity in the French and Indian War from May, 1745, to August, 1747, New York, Doods,Mead & Co., 1896, p. 20).


John Hunnewell a été fait captif lors de l'attaque de la maison du capitaine Deering, chez qui il était apprenti, avec Mary Scammond (Marie-Anne-Marguerite Sasxmen, bpt. 27-05-1725 aux Trois-Rivières) et Thomas Jordan (Emma Coleman, New England Captives carried to Canada, vol. 1 p. 147). Selon les sources, on situe sa naissance entre 1708 et 1717. On n'a pas retracé d'acte de baptême pour lui au Canada. Son père était Roger Hunnewell, sa mère était Mary Moore. Son grand-père, Richard Hunnewell, était connu comme « the indian killer », ayant combattu les amérindiens qui effectuaient des raids sur les villages des 13 colonies américaines. Richard Hunnewell a été tué au cours d'une de ces attaques le 13 juin 1720 à Scarborough.
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Le Flâneur
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MessageSujet: Les magouas à Yamachice   Lun 9 Juin - 12:16

Je voudrais ajouter mon grain de sel au sujet de la signification du mot magoua qui était autrefois en usage dans la région de Yamachiche en Mauricie.

À l'été de 1973, alors que j'étais étudiant au cégep de Shawinigan, j'ai travaillé deux mois à Yamachiche pour le ministère de la Voirie (aujourd'hui le ministère des Transports).

Mes collègues de travail, les "gars de la Voirie" de Yamachiche, avec qui je fauchais l'herbe toute la journée le long des routes, racontaient souvent des histoires sur les magouas. C'étaient les stéréotypes habituels, les préjugés que l'on entendait ailleurs au sujet des assistés sociaux : paresseux, profiteurs, incultes, malpropres, etc. Personnellement, je n'ai jamais connu de magoua, je n'avais même jamais entendu ce mot avant 1973 mais, selon ma compréhension, magoua n'avait rien à voir avec des métis ou des Autochtones, sinon mes collègues faucheurs qui en parlaient souvent auraient utilisé les mot "indiens" ou "sauvages" pour les désigner.

Un jour, que l'on travaillait sur un chemin de terre, nous sommes arrivés devant un hameau de bicoques habités par des magouas (selon mes collègues). Encore là, rien ne laissait supposer qu'il puisse s'agir d'Autochtones ou de métis. Simplement des familles de blancs pauvres qui vivaient en marge de la société.

Loin de moi l'intention d'insulter quiconque, je voulais simplement préciser le sens du mot magoua, tel que je l'ai entendu autrefois, eu égard aux prétentions des auteurs du bouquin sur les Algonquins de Trois-Rivières.
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MessageSujet: Re: Magouas de la Mauricie ou Algonquins de Trois-Rivières ??   

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Magouas de la Mauricie ou Algonquins de Trois-Rivières ??

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